lieux de rencontre

Ce projet part d’un constat : on ne connaît pas vraiment les lieux que l’on fréquente.

 

En me promenant sur internet, j’ai trouvé un incroyable site appelé « lieux de

drague » : un grand annuaire géolocalisé de tous les endroits où les personnes libertines, ou en recherche de partenaires se rencontrent, partout dans le monde.

 

Je me suis ensuite rendu sur ces lieux, de jour, quand personne n’y est pour rencontrer de nouveaux partenaires, mais seulement pour se balader ou promener leur chien.

 

Placer ces images silencieuses et calmes à côté des captures d’écran très explicites décrivant les lieux créée une interrogation dans l’esprit du spectateur.

 

Mon travail vise à faire plus réfléchir les gens sur les espaces qu’ils utilisent quotidiennement, à leur faire comprendre que les territoires qu’ils arpentent tous les jours et pensent connaître peuvent être, en réalité, très différents pour d’autres personnes, à d’autres moments de la journée.

 

Je veux que le spectateur questionne sa perception de ce qui est ordinaire, et sa relation à l’espace public. 

Au delà de l’aspect purement géographique, Lieux de rencontre amène également à penser le détournement de l’espace public pour créer un endroit « sûr », que les personnes qui sont hors du système hétéronormé classique investissent pour vivre leur sexualité librement. Cette relégation de tout ce qui ne correspond pas à la norme force les libertins, les personnes homosexuelles ou bisexuelles, ainsi que les personnes queers (transgenres, travestis), à se retrouver en périphérie des villes, dans les sous-bois, sur les parkings, sous les ponts.

La série est également une amorce de réflexion sur les espaces de socialisation queers, et la sexualisation qui y est toujours liée. Quand on est rejetés des bars, agressés sur les bancs publics, et qu’on ne peut pas se tenir la main dans la rue, on se cache, on se retrouve en secret, on ne se drague pas, on a pas le temps. La rencontre se fait par le sexe, on est privés de séduction, et paradoxalement ces endroits ne sont pas des « lieux de drague » comme l’indique le site, mais bien des lieux de sexe.

 

Ce projet est dédié à la mémoire de Jean-Pierre Humblot, assassiné sur un de ces lieux de rencontres parce qu’il était différent.